Pourquoi suivons-nous le troupeau ?
Mark Twain a déjà dit à propos de son personnage Tom Sawyer : « Tom a découvert une grande loi de l’action humaine : pour faire en sorte qu’une personne convoite quelque chose, il suffit que cette chose soit difficile à atteindre. »
Le comportement humain est une chose vraiment fascinante. Mais ce qui est le plus fascinant, c’est que nous arrivons à nous berner nous-mêmes. L’exemple des marchés financiers nous permet de constater que le troupeau se dirige dans une direction donnée en fonction des données que les autres lui fournissent. Si le troupeau tourne à droite, vous tournez à droite, s’il investit, vous investissez, s’il recycle, vous recyclez, s’il pense que la terre court à la catastrophe, vous croyez que la terre court à la catastrophe, s’il pense que combattre le réchauffement climatique est ce qu’il faut faire, vous combattez le réchauffement climatique, etc. Par contre, les économistes, eux, pensent que c’est faux, et que nous sommes tout à fait capables de prendre des décisions réfléchies, mesurées et posées. En fait, les économistes se basent sur deux idées naïves :
- Nous sommes individuellement capables de prendre les bonnes décisions.
- Nous agissons rationnellement. Pour chacune de nos décisions nous pesons adéquatement le pour et le contre.
En réalité, nous ne sommes pas rationnels, loin de là. Nos comportements irrationnels ne sont pas l’exception mais la norme. Et comme nous les répétons systématiquement, nos comportements sont donc prévisibles. Faire une telle affirmation ne va-t-elle pas à l’encontre de la notion de libre arbitre ? Absolument pas. En fait, je pense que notre libre arbitre est directement fonction de nos habitudes plutôt que de nos choix. Commençons tout d’abord par voir comment nous arrivons à nous berner nous-mêmes en nous suivant nous-même. Il y a deux comportements bien distincts de type de troupeau : suivre le troupeau et suivre le troupeau de soi-même.
- Suivre le troupeau. Supposons que vous êtes en voyage à Paris. Vous avez faim. Vous voyez deux personnes qui attendent à la porte d’un restaurant. Soudain, une troisième personne vient se joindre à la file d’attente. Vous vous dites qu’il doit s’agir d’un très bon restaurant et vous faites la file. Ce comportement survient chaque fois que vous présumez qu’une chose est bonne ou mauvaise en vous fondant sur le comportement précédent des autres. Conséquemment, vous ajustez votre comportement en fonction de celui des autres. L’exemple de l’investissement et des bulles spéculatives représente très bien ce type de comportement.
- Suivre le troupeau de soi-même. Ici, vous vous suivez vous-même. Ce type de comportement survient lorsque vous pensez qu’une chose est bonne ou mauvaise en fonction de vos comportements précédents. Essentiellement, lorsque vous êtes la première personne à faire la file devant un restaurant, vous commencez à faire la ligne derrière vous-même dans vos comportements subséquents.
Suivre le troupeau de soi-même mérite que je développe un peu plus sur la chose. Supposons que vous ayez l’habitude de mettre tel marque de marmelade sur vos tartines le matin. Elle est bonne, et en plus, son prix est abordable. Donc pas vraiment raison de vouloir changer. Soudain, un beau jour, au supermarché, juste à côté de votre pot de marmelade habituel, un nouveau pot de marmelade fort bien présenté fait la compétition à votre produit préféré. Le pot est deux fois plus petit que l’autre, et le prix est le même que celui de votre pot habituel. Vous lisez la fiche alimentaire et vous constatez que cette nouvelle marmelade contient moins de sucre, mais qu’elle contient aussi deux fois plus de zestes d’orange, de lime et de citron.
Votre curiosité est piquée. Après avoir tergiverser quelques minutes, vous décidez d’essayer cette nouvelle marmelade. Le lendemain matin, que se passe-t-il ? Vous êtes totalement subjugué par la saveur et la texture de cette nouvelle marmelade. Deux semaines plus tard, de nouveau à l’épicerie, vous vous rappelez que vous n’avez plus de marmelade. Vous êtes devant les pots de marmelade. Pour le même prix, avec votre ancienne marmelade, il vous faut environ quatre semaines pour vider le du pot. Avec la nouvelle marmelade, vous ne faites que deux semaines. Mais, vous vous rappelez quel bonheur et quel plaisir vous avez éprouvé lorsque vous avez goûté pour la première fois la nouvelle marmelade. Vous prenez donc la nouvelle marmelade à nouveau. En posant ce geste, vous êtes la seconde personne derrière vous-même. Dix ou quinze jours plus tard, vous vous pointez à nouveau au supermarché. Vous êtes devant les pots de marmelade, vous vous souvenez de ce que vous avez fait la dernière fois, et vous repartez une fois de plus avec la marmelade la plus coûteuse.
Voilà comment nos premières décisions se transforment en habitudes. Nous nous suivons nous-mêmes. En procédant ainsi, nous pensons que nous agissons en fonction de nos préférences, alors que nous agissons en fonction d’une habitude en nous suivant nous-même. Ici, ce qui est intéressant, c’est que nous avons en nous, profondément ancré, un côté dinde. Non seulement suivons-nous le troupeau, mais en plus nous pensons que notre personnalité est le résultat de l’ensemble de nos préférences alors qu’elle est constituée de l’ensemble de toutes nos habitudes.
|
Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit |
Prévoir le futur ? Pourquoi en sommes-nous incapables ?
Ce billet fait partie intégrante de ma réflexion pour mon prochain livre intitulé «Dindification – De l’impact du comportement des dindes sur la société ». Les idées et commentaires de ceux qui auront une participation active sur ce blogue seront cités dans ce livre !
Depuis les débuts de l’humanité, le futur de celle-ci a été intimement lié aux technologies. L’invention de techniques pour allumer un feu, l’invention de la roue, l’invention de la forge, l’invention de l’imprimerie, et la découverte de l’électricité, sont toutes des inventions desquelles ont découlé des applications que personne n’aurait pu soupçonner ni même envisager. Lorsque Albert Einstein formula l’équation E=MC2, jamais il ne se serait douté qu’elle conduirait à l’élaboration de l’énergie nucléaire, ni qu’elle conduirait à la médecine nucléaire, ni qu’elle conduirait à l’irradiation des aliments, ni qu’elle conduirait à la montée de l’écologisme, etc. Toutes nos technologies ont un impact profond sur nos visions du monde. Depuis l’arrivée des ordinateurs, nous avons confondu cerveau et traitement informatique. Nous avons imaginé une fantastique illusion nommée intelligence artificielle. Certains pensent qu’un jour les ordinateurs surpasseront les êtres humains. Certains nous promettent l’immortalité en transférant le contenu de notre conscience dans des technologies non encore inventées. Nos technologies façonnent notre perception du monde. Non seulement les façonnent-elles, mais elles les conditionnent également.
Pour prédire quoi que ce soit à propos du futur, il faut pouvoir prédire quelle sera la technologie disponible à un moment donné ou l’autre dans le futur.
Si par un quelconque hasard ou bonheur vous savez quelle technologie sera disponible dans le futur, il vous suffit d’imaginer des applications qui peuvent en découler. C’est ça prévoir le futur. Mais comme c’est impossible, le futur vous est inaccessible.
Lorsque la Société Alzheimer du Canada nous dit dans son rapport de janvier 2010 que les coûts économiques et sociaux de la maladie seront de plus de 872 milliards de dollars et que la prévalence de la maladie aura plus que doublé, elle applique le biais de confirmation. Elle pense que les conditions technologiques actuelles seront les mêmes dans vingt ou trente ans. Conséquemment, la prédiction de la Société Alzheimer du Canada est fausse et ne vaut strictement rien, car elle n’a strictement aucune idée des percées scientifiques qui seront réalisées. Si elle le savait, elle proposerait une tout autre prédiction. Mais comme elle ne peut le savoir, elle se comporte comme toutes les dindes : elle pense que demain sera comme hier ou aujourd’hui. En fait, elle pense que demain sera du aujourd’hui augmenté.
Qui aurait pu prédire que les ordinateurs des années 1950 qui servaient à faire des calculs balistiques allaient un jour servir à jouer, à discuter, à faire du traitement du texte, à produire des effets spéciaux pour le cinéma, à faire de l’imagerie médicale, à exposer publiquement sa vie privée sur Facebook, à dire sur Twitter que vous venez de prendre un café et à prévoir le futur avec des projections Excel ? Personne, vraiment personne.
Ce qui est étrange, c’est que même lorsque nous sommes en présence d’une technologie, nous ne sommes même pas foutus d’entrevoir les applications de celles-ci. Si nous ne sommes même pas en mesure de faire ces simples projections, comment pensez-vous qu’il est possible de prévoir les technologies qui seront disponibles dans le futur ?
Faites un petit exercice. Tentez d’imaginer une nouvelle technologie, et non une déclinaison des technologies existantes. J’ai hâte de recevoir vos commentaires !
|
Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit |
Dindification – La dinde est la clé de la mécanique des tendances
Bonjour à tous !
Lorsque j’ai rédigé « Tendances- Savoir les décrypter pour en tirer profit », j’ai constaté qu’au bout de trois ans j’avais beaucoup de matériel, au-delà de 900 pages ! J’ai donc décidé de faire en sorte que le premier livre porterait sur des observations à propos des tendances pour en formuler une théorie générale, et que le second expliquerait la mécanique qui est sous-jacente aux tendances.
Le seconde tome s’intitule donc « Dindification – De l’impact du comportement des dindes sur la société ». Date de lancement prévue entre le 15 et le 30 avril 2010.
Comme je viens tout juste de recevoir la maquette du prochain livre, je vous en fais part !

Qu’est-ce que la gratuité sur Internet ?
Ce billet fait partie intégrante de ma réflexion pour mon prochain livre intitulé « Dindification – De l’impact du comportement des dindes sur la société ». Les idées et commentaires de ceux qui auront une participation active sur ce blogue seront cités dans ce livre !
Faire de l’argent avec les contenus n’a de sens que si vous n’êtes pas le producteur des contenus, que vous utilisez les contenu des autres, que vous ne rémunérez pas ceux qui ont produit les contenus, et que vous atteignez une masse critique d’utilisateurs et non de clients. Ce faisant, il vous suffit de trouver un moyen pour faire de l’argent avec ces mêmes contenus.
Google, Twitter et Facebook sont des exemples de modèles économiques basés sur la gratuité. La gratuité est du côté du producteur de contenus, et l’argent est du côté de celui qui exploite les contenus.
|
Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit |
Dindification – De l’impact du comportement des dindes sur la société
Au cours des 24 derniers mois pendant lesquels j’ai rédigé « Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit » j’ai amassé beaucoup de matériel. En fait plus de 800 pages. Les 500 premières pages se sont retrouvées dans « Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit » et j’ai conservé les autres pour la suite du premier livre.
Alors que « Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit » est fondé sur des observations empiriques qui décrivent les effets de la mécanique des tendances, dans le second livre j’aborde la question de la mécanique elle-même des tendances. Ce livre, qui sortira entre le 15 avril et le 1e mai 2010, portera le titre suivant : « Dindification – De l’impact du comportement des dindes sur la société ». Je vous laisse imaginer la teneur du contenu !
Au plaisir de vous retrouver sou peu dans cette nouvelle aventure !
|
Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit |
La dindification de la société
Ce billet fait partie intégrante de ma réflexion pour mon prochain livre intitulé « Évidences silencieuses – Ferment de notre futur collectif ». Les idées et commentaires de ceux qui auront une participation active sur ce blogue seront cités dans le livre !
Avez-vous parfois l’impression d’être le dindon de la farce ? Je dois avouer que la plupart du temps j’ai l’impression d’être le dindon de la farce. Le dindon de la farce de qui ? De nos gouvernements qui, avec cynisme, s’ingénient avec une imagination débordante à venir chercher de plus en plus d’argent dans nos poches ; des économistes, ces charlatans patentés, qui tentent de nous faire croire que l’économie est soumise aux lois du marché ; des écologistes qui veulent nous imposer mille et une restrictions dans le but de nous faire croire que la planète court à la catastrophe ; de Toyota qui veut nous faire avaler que leurs véhicules sont tellement verts qu’il est inutile de les utiliser pour aller chercher du pain ou du lait à l’épicerie du coin ; des banquiers qui veulent nous convaincre qu’il prennent soin de notre argent ; des médias qui pleurnichent sur leur sort ; des employés de l’état surprotégés qui veulent de meilleures conditions de travail à partir de nos impôts ; du complexe agroalimentaire qui nous offre des produits dits santé ; des intégristes de la santé qui veulent nous transformer en des androgynes végétariens ; des centres de conditionnement physique qui veulent nous faire pédaler sur des vélos qui ne vont nulle part ; des coachs qui nous offrent leurs recettes miracles à prix fort pour faire de nous des millionnaires ; des… La liste est longue, beaucoup trop longue…
Quand ce ne sont pas tous ces joyeux lurons qui nous donnent l’impression d’être les dindons de la farce, eh bien, ce sont les tendances elles-mêmes. En fait, nous sommes plus que les dindons de la farce : nous sommes carrément comme les dindons qui se laissent engraisser et traiter aux petits soins pendant mille jours. Au cours de cette période de merveilleuse insouciance, nous roucoulons, nous admirons tous ces gens qui nous disent dans quelle direction aller, et un beau matin, le mille et unième jour, la dinde est attendue chez le boucher et se fait trancher la tête.
En réalité, pendant mille jours, nous n’avons strictement aucune raison de croire qu’un événement tragique puisse survenir, car le passé est garant du futur. Nous avons développé, en tant qu’espèce, une faculté incroyable : le biais de confirmation. Nous pensons tout bêtement que demain sera semblable à aujourd’hui ou hier, car tous les joyeux lurons prennent soin de nous. Et que se passe-t-il le mille et unième jour ? Vlan ! La tête est coupée… Inquiétant n’est-ce pas ?
Malgré tout, nous persistons à croire que le futur sera semblable à aujourd’hui ou hier. Nous sommes la dinde qui sera servie au repas de Noël ou à Thanksgiving. Par contre, tous les joyeux lurons, eux, savent fort bien que nous nous ferons trancher la tête. Pour la dinde, le mille et unième jour est un événement tragique, tandis que pour les joyeux lurons, c’est un événement attendu, pour ne pas dire un événement magique, car il rapportera gros, aussi bien sur le plan financier qu’en fonction des buts qu’ils visaient.
Et vous, êtes-vous une dinde ?
N.B. Je suis en train de développer en profondeur le concept de dindification pour le prochain livre. Histoire à suivre !
|
Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit |
Où se situe notre futur collectif ?
Ce billet fait partie intégrante de ma réflexion pour mon prochain livre intitulé « Évidences silencieuses – Ferment de notre futur collectif ». Les idées et commentaires de ceux qui auront une participation active sur ce blogue seront cités dans le livre !
L’une des particularités des évidences silencieuses, c’est justement d’être silencieuses. Ça peut vous sembler une tautologie, mais c’est bel et bien le cas, et ce n’est pas pour rien qu’il en est ainsi. Pour rappel :
Une évidence silencieuse, dans le cadre de la Théorie des tendances, est un geste anodin de désistement ou d’ajustement envers les irritants d’une tendance déjà en place. Pendant une période indéterminée, les évidences silencieuses percolent dans la « nappe phréatique » du tissu social collectif et finissent ou non par converger vers un point de bascule à partir duquel se manifeste un cygne noir, tirant par le fait même les tendances déjà en place dans une direction ou l’autre.
Le problème avec les évidences silencieuses, c’est que nous ne les percevons pas. Nous nous attardons plutôt aux évidences parlantes pour nous forger une opinion sur le futur, alors que ce sont indubitablement les évidences silencieuses qui forgent le futur. En fait, nous ne savons pas que nous ne savons pas. En effet, comment est-il possible de prendre connaissance de tous les gestes de désistements et d’ajustements posés par tous les membres d’une collectivité envers les irritants de tendances déjà en place et de tenter de voir vers où elles convergeront ? Impossible, et pourtant, c’est justement là que percole le futur.
Il faut donc arriver à mettre en place un modèle qui serait en mesure de prendre en charge cet aspect de la mécanique des évidences silencieuses. Autrement dit, il nous faut, dans un premier temps, pouvoir identifier les mécanismes qui provoquent des gestes de désistement ou d’ajustement envers les irritants d’une tendance déjà en place, et je pense qu’il faut s’appuyer sur les évidences parlantes pour y arriver, mais je peux aussi me tromper.
Je vous convie donc à ce petit exercice à partir de quelques évidences parlantes, et je vous demande d’apporter de l’eau au moulin de ma réflexion :
Évidences parlantes
1. De plus en plus, dans l’ensemble des pays, une montée de la droite est en train de s’effectuer. J’en ai parlé à quelques reprises, c’est le néopuritanisme. Exemples parmi d’autres : a) la société Apple a décidé de bannir de son AppStore les applications relatives au sexe, b) les gouvernements veulent surtaxés les produits de la malbouffe, c) les écologistes cherchent à imposer des restrictions sur l’ensemble de nos activités, d) le culte de la performance, le zéro défaut et la tolérance zéro.
2. Les institutions financières, malgré la crise, sont devenues de plus en plus grosses. Les contribuables paient pour renflouer les entreprises.
3. L’egocasting et la sublimation du « moi » sont en train de devenir la norme. Nous pensons que l’efficacité de la communication avec autrui passe par de plus en plus de technologies.
4. Dans le monde des atomes, la vraie vie, nous cherchons par différents moyens à augmenter notre sécurité et à protéger notre vie privée, tandis que dans le monde virtuel nous voulons la plus grande liberté possible.
À partir de ces quelques évidences parlantes, quelles réflexions me proposez-vous ? Je vous remercie à l’avance pour vos propositions !
|
Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit |
Le bal des experts autoproclamés
Et voilà, avec ce billet, j’ouvre la nouvelle approche de mon blogue, à savoir, un atelier de réflexion pour la rédaction de mon prochain livre intitulé « Évidences silencieuses – Ferment de notre futur collectif ». En espérant lire vos commentaires !
Je suis tout simplement estomaqué par le fait que, dès qu’un nouveau truc, une nouvelle façon de faire ou une nouvelle technologie se pointe, soudainement, les experts surgissent de nulle part, tout comme un jack-in-the-box. J’ai même vu des gens d’à peine 23 ou 24 ans qui se disent experts en médias sociaux, qui n’ont aucune expérience ou formation en marketing et qui prétendent à ce statut. Pire encore, des gens qui ont peu ou pas d’expérience dans le monde des affaires et qui vous parlent d’entrepreneuriat et vous offrent de la formation sur le sujet.
Dans le bal des experts autoproclamés, la palme revient définitivement aux coachs. L’univers du coaching est un univers fantastique. C’est l’autoproclamation érigée en système. Certains parmi eux, aujourd’hui millionnaires, ont su avoir le flair suivant : devenir des experts autoproclamés dans la mythologie du succès. La mythologie du succès c’est de dire à quelqu’un comment devenir millionnaire en achetant des livres et des DVD, en participant à des séminaires et ateliers aux coûts faramineux, etc. tout en ne faisant rien soi-même comme véritable entrepreneur. Le hic, c’est que tout le monde ne peut pas devenir un porte-parole du mythe du succès, mais les gens pensent débilement qu’ils peuvent le devenir. On se dit « si ça fonctionne pour lui ou elle, pourquoi ça ne fonctionnerait pas pour moi ? » Quelle idée naïve de penser que vous serez comme ces coachs plus futés que la moyenne des gens pour miser sur la crédulité des apprentis coachs.
Et dans tout ce discours du succès et de la performance, des centaines et des milliers de gens ont flairé le marché et se sont improvisés coachs et psychothérapeutes. Mais ceux qui ont vraiment réussi, ce ne sont pas ceux qui sont devenus coachs, mais ceux qui ont écrit des livres pour dire comment devenir coach. Les Bob Proctor, Harv Ecker, John Assaraf, Joe Vitale, Louise L. Hay, Tony Robbins, Wayne W. Dyer, Esther & Jerry Hicks, Jack Canfield, R. Andrew Gage, Les Brown, Og Mandino, Norman Vincent Peale, Katleen Gage, Lise Bourbeau de ce monde sont devenus millionnaires non pas en étant coach ou entrepreneur, mais en disant comment devenir coach ou entrepreneur. La même chose s’est produite du côté des blogueurs. Les blogueurs qui font de l’argent ne sont pas ceux qui sont devenus blogueurs, mais ceux qui tiennent un blogue pour expliquer comment faire de l’argent avec un blogue.
Quel est votre point de vue ?
Avez-vous quelques idées que ce soit face à ce comportement ? À quoi peut-on rattacher ce comportement ? Est-il conditionné au discours du culte de la performance ? J’attends vos commentaires !
|
Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit |
Bloguer ou ne pas bloguer ? That is the question…
Depuis un certain temps, je me rends compte d’une chose : plus je partage gratuitement mes idées avec les gens sur mon blogue, moins les gens sont intéressés par le fait d’acheter le livre qui regroupe l’ensemble de mes idées. Peut-être que mes idées n’intéressent personne, et si c’est le cas, je ne m’en offusque pas outre mesure, car je peux très bien être à côté de la plaque.
Ce qui m’a amené à faire une telle réflexion, c’est à la fois une suite de discussions que j’ai eue avec mon ami Thierry Crouzet, que je respecte grandement pour ses idées novatrices, et un échange par courrier électronique interposé qu’il a eu avec Nassim Taleb, l’auteur du livre « The Black Swan ». Ce dernier lui disait :
« Je ne partage pas vos idées sur les blogs comme moyen de faire Saint Paul — il y a des limitations. Empiriquement les bloggers vendent pas de livres — les gens veulent du concentré, pas de l’étendu et ils veulent payer pour la marchandise. Ce qui est gratuit et facile ne compte pas pour eux. […] J’ai fait un pari avec mon éditeur que le livre de Tyler Cowen serait un “flop” [Cowen est l’éditeur du blog très populaire Marginal Revolution]. Et il a été un flop. Bon, ce n’est qu’un échantillon de 1, mais c’est général. »
Taleb a tout à fait raison lorsqu’il dit « Ce qui est gratuit et facile ne compte pas pour eux. » Voici comment j’interprète la chose : plus vous donnez aux gens, plus leur cerveau se place dans un mode d’attente de la gratuité. En un mot, ce qui est abondant n’a pas de valeur, et le jour où vous demandez de l’argent sonnant et trébuchant pour vos idées, les demandeurs de gratuité se sont évaporés. Ici je ne porte pas un jugement de valeur, et il n’y a pas de mal à ce que les gens se comportent de cette façon, car c’est tout simplement la conséquence de la gratuité.
Au cours des deux derniers mois, j’ai fait un petit test fort instructif. À tous les 5 jours j’écrivais un article dont le titre faisait au moins mention de l’un des mots suivants : Twitter, Facebook, Google, iPhone, etc. À chaque fois que l’un de ces articles paraissait, j’atteignais en moyenne les 1,700 visiteurs uniques par jour. Lorsque j’écrivais des articles dont le titre ne contenait pas ces mots, la moyenne des visiteurs uniques était de 400 par jours. J’en viens donc à la conclusion que ma clientèle cible n’est pas forcément sur le Web, et que les gens qui fréquentent les blogues s’attendent à ce qu’on leur parle de l’environnement immédiat dans lequel il évolue : le Web et les médias sociaux. Conclusion, le Web est encore une affaire d’allumés et de geeks !
En fait, nous avons mis en place avec le blogue un système où nous devons produire gratuitement des idées. Selon les gourous du Web, les idées que nous exposons sur notre blogue ne sont qu’un moyen détourné pour gagner de l’argent par un autre moyen. Paraît-il que c’est du marketing par engagement qui donne des résultats sur le moyen et le long terme, mais pas sur le court terme. Ainsi, l’auteur, selon les gourous du Web, doit gagner sa pitance par des prestations publiques dans des conférences, des séminaires ou des ateliers.
Ici, ce que je remets en question, ce n’est pas l’idée du blogue, mais l’idée de diffuser gratuitement la construction du savoir qu’un chercheur met des années à produire et à synthétiser. Je pense qu’il y a ici une idée naïve face à l’information qui veut être gratuite comme le dit si bien le spécialiste des médias Clay Shirky. Il est tout à fait faux de prétendre que l’information à haute valeur ajoutée veut être gratuite. L’information à haute valeur ajoutée ne veut pas être gratuite : elle veut rapporter à son auteur.
Voici un exemple tout à fait concret. J.K. Rowling, l’auteur de Harry Potter, n’a pas de blogue pour parler des chapitres de ses romans ou comment elle structure ses idées. Elle fait de l’argent avec une information qui ne veut pas être gratuite. Autre exemple, Seth Godin, sur son blogue, ne fait que quelques réflexions anodines jour après jour pour « entretenir » les gens. Le genre d’information qu’il lance à la volée est sans conséquence et se prête fort bien à la gratuité. Par contre, son information qui ne veut pas être gratuite se retrouve dans ses livres, et c’est avec celle-ci qu’il gagne sa pitance.
Certains blogueurs et gourous du marketing Web m’ont dit que si un livre est unique, exceptionnel et qu’il se démarque, il se vendra de lui-même. Donc, si je reprends leur logique à mon compte, le livre exceptionnel n’a pas besoin de blogue ! Loin de moi l’idée de prétendre que mon livre « Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit » est exceptionnel. Laissons les lecteurs en juger !
Alors, dès aujourd’hui, je change la vocation de ce blogue et j’en fais plutôt un lieu de réflexion pour la poursuite de mes travaux. Les idées, thèses, hypothèses et théories qui découleront de mes réflexions se retrouveront dans mes livres. Autrement dit, l’information qui veut être gratuite sera sur mon blogue, et celle qui veut être payante pour me faire vivre sera dans mes livres. Comme le dit Thierry Crouzet, le blogue doit être vu comme un atelier, et j’en rajoute en disant que le blogue nous permet d’aller à la pêche aux idées.
N’oubliez jamais une chose : « Ce qui a de la valeur est rare. »
« People notice your absence, not your presence. Make yourself scarce. »
L’atelier et votre participation
Je vous invite donc à partager avec moi cette nouvelle forme de mon blogue qui sera un atelier de réflexion pour faire avancer des idées et en développer de nouvelles. Si vous vous sentez l’âme d’un explorateur ou exploratrice, alors je vous convie à participer avec moi à l’élaboration de la suite du livre «Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit» et qui s’intitulera «Évidences silencieuses – Le ferment de notre futur».
Tous ceux et celles qui auront participé activement seront cités dans le prochain livre.
Au plaisir de vous retrouver pour une véritable aventure sur des idées novatrices !
Le syndrome de Goliath ou comment créer une tendance
|
Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit |
La Théorie des tendances nous dit qu’une tendance est avant tout un système de valeurs. Mais plus encore, la Théorie des tendances nous dit que c’est à partir des irritants d’une tendance que se forment les autres tendances selon deux déclinaisons possibles :
- Rejet des irritants d’une tendance déjà en place.
- Durcissement des irritants déjà en place.
Ici, il faut bien comprendre que ce qui est un irritant pour l’un n’est pas forcément un irritant pour l’autre. Autrement dit, les irritants d’une tendance visent une certaine partie de la population et vice-versa. Par exemple, pour certains, le discours de la restriction de la consommation imposé par l’écologisme en irrite certains, alors que pour d’autres personnes, ces mêmes irritants peuvent être « durcis » pour conduire à des tendances comme l’écologie profonde, la consommation de proximité, etc.
Lorsque vient le temps de rejeter les irritants d’une tendance déjà en place, le mécanisme de la rhétorique qui se met en place se base sur 4 prémisses que je nomme le syndrome de Goliath :
- Le méchant.
- La victime.
- Ce qui est mal.
- Le vide informatif.
Reprenons l’exemple de l’écologisme pour vous faire la démonstration de la chose :
- Le méchant. Dans le courant des années 1970, les écologistes ont de suite pointé du doigt les méchantes entreprises capitalistes qui polluent l’environnement. Ici, c’est le point d’ancrage du syndrome de Goliath : le plus petit doit identifier celui qui est le plus grand et le plus fort. Autrement dit, il suffit d’arriver à clairement identifier celui qui semble avoir des comportements abusifs et qui domine.
- La victime. Dans le cadre de l’écologisme, la victime c’est à la fois la Nature et le simple écologiste qui défend des valeurs environnementales. La Nature, par définition, n’a pas les moyens de se battre à armes égales contre les entreprises qui « détruisent » la planète, et elle est tout à fait la merci des actions que celles-ci lui imposent. La Nature est donc l’incarnation parfaite du plus faible. Ce faisant, certaines personnes se lèvent et se présentent comme les défenseurs de la Nature. Ils sont les David qui affronteront tous les Goliath de ce monde.
- Ce qui est mal. Dans la rhétorique de l’écologisme, ce qui est mal, c’est à la fois la surexploitation des ressources naturelles, la surconsommation, le suremballage, la surproduction, la surémission de gaz à effet de serre, etc. Ici, c’est le discours du préfixe « sur » pour « trop ». Dans ce discours, chaque citoyen est potentiellement un consommateur débridé qui abuse de tous les « sur ». Pour contrer ce comportement qui est « mal », le discours de l’écologisme prône non seulement l’élimination du préfixe « sur », mais prône également un retour à la décroissance plutôt que la croissance.
- Le vide informatif. Lors de la manifestation du syndrome de Goliath, ceux qui sont dans la position de Goliath offrent souvent un discours basé sur la « désinformation » aux yeux de ceux qui sont dans la position de David. Si les Goliath présentent un discours qui discrédite les David, alors ils donneront sur un plateau d’argent aux David les arguments nécessaires pour être attaqués. Par contre, si les Goliath reprennent le discours des David à leur avantage, les Goliath seront accusés par les David de récupération. Le vide informatif est donc cette situation où David ou Goliath profite des trous dans le discours de l’un ou de l’autre pour répandre des rumeurs.
Le vide informatif
Le vide informatif est le vecteur qui transporte le discours qui identifie « le méchant, la victime et ce qui est mal ». Par exemple, si je dis « Google veut contrôler votre consommation d’électricité », je viens automatiquement d’identifier un méchant, Google, une victime, vous, ce qui est mal, contrôler votre consommation d’électricité. D’un point de vue strictement marketing ou politique je viens de faire d’une pierre deux coups : je vous ai mis dans la position de David, et personne n’aime qu’on le contrôle ou le domine. Du point de vue de la Théorie des tendances, j’ai créé un geste de désistement ou d’ajustement envers les irritants d’une tendance.
En somme, les évidences silencieuses qui sont l’ensemble de tous les gestes de désistement ou d’ajustement envers les irritants d’une tendance déjà en place font appel à cette mécanique : le méchant, la victime et ce qui est mal. Dès que vous êtes dans la position de David, vous commencez à produire des évidences silencieuses qui finiront éventuellement par mener à une nouvelle tendance.
Revirement de situation
Autant les écologistes se sont pendant longtemps retrouvés dans la position de David, voici qu’aujourd’hui ils se retrouvent dans la position de Goliath. Le discours vert est tellement présent, pour ne pas dire omniprésent, qu’il commence à « irriter » plusieurs personnes, ce qui le place donc dans la position de Goliath. Le méchant commence à être celui qui veut empêcher le citoyen de faire ce qu’il veut, la victime c’est le citoyen réprimé dans sa consommation et ses comportements, et ce qui est mal c’est de contrôler le citoyen par des législations contraignantes et le surtaxage de tout ce qui peut nuire à l’environnement. Ici, le citoyen a l’impression d’être aux mains des puissants lobbies de l’environnement qui réussissent à influencer les gouvernements pour légiférer.
Si ce que je viens de vous dire vous semble farfelu à propos du revirement de situation, dites-vous simplement que toutes les tendances, quelles qu’elles soient, sont fondamentalement des systèmes de valeurs qui comportent des irritants, et le propre des irritants, c’est d’être défiés et remis en question.
Vous voulez créer une tendance ? Servez-vous du syndrome de Goliath !
