Tendances : comment se forment-elles ?
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Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit |
(Extrait du livre «Tendances – Savoir les décrypter pour en tirer profit»)
Les sociétés ne fonctionnent pas selon le système de valeurs d’une seule tendance. Elles sont le compromis d’une multitude de tendances qui se côtoient et s’entrechoquent. Écologisme, néopuritanisme, islamisme, christianisme, postmodernisme, altermondialisme, capitalisme, consumérisme, économisme, monétarisme, protectionnisme, végétarisme, antimilitarisme, nationalisme, toyotisme, pour ne nommer que celles-ci, sont des tendances qui font partie de notre vécu collectif. Nous les côtoyons, souvent en les ignorant, parfois en adoptant certains aspects de leurs systèmes de valeurs, mais toujours en sachant qu’elles peuvent finir par nous influencer.
Nous ne sommes pas à l’abri d’une influence en provenance d’une autre tendance. Par contre, au-delà du fait que plusieurs tendances soient présentes dans notre fonctionnement social global, certaines sont plus présentes que d’autres. Dans nos sociétés occidentales, certaines tendances, très fortes, sont en opposition claire et nette.
- Consumérisme / Écologisme
- Néopuritanisme / Laxisme
- Capitalisme / Altermondialisme
Ce sont les tendances qui sont en très forte opposition qui dictent le flux des mouvements sociaux. L’écologisme est en rupture systématique avec la société consumériste. Les néopuritains détestent le laxisme et désirent que tout entre dans un cadre de productivité et de performance. Les altermondialistes conspuent les gouvernements occidentaux pour leur inaction, tant sur le plan de l’environnement que de la justice sociale. Et c’est justement là où les choses deviennent intéressantes, car c’est justement dans le creuset de ces fortes oppositions que se dégagent de nouvelles tendances.
- Les irritants d’une tendance permettent de faire émerger une nouvelle tendance. Dans un tel cas de figure, les gens rejettent les irritants et en conservent les aspects positifs.
- Les irritants d’une tendance permettent de former une sous-tendance en durcissant la position des irritants. Le néopuritanisme est un cas d’école en la matière.
Les tendances en opposition que j’ai mentionnées sont extrêmement porteuses. L’un des discours les plus forts de l’écologisme est celui du réchauffement climatique qui s’appuie sur des données scientifiques en provenance de la science qu’est la climatologie. Bien que certains parlent d’une nouvelle tendance qui se nommerait « réchauffisme » pour décrire un prétendu système de valeurs qui se serait dégagé de l’écologisme, je ne pense pas que nous en soyons rendus à ce point.
Le discours du réchauffement climatique est un discours qui monopolise, depuis environ dix ans, tout le discours de l’écologisme. La dynamique qui sous-tend le réchauffement climatique c’est le verbe « combattre ». Depuis le protocole de Kyoto, et depuis les différents rapports du GIEC, il est devenu impérieux de combattre le réchauffement climatique. Pour combattre le réchauffement climatique et ses effets, il faut prendre des mesures de contention en ce qui concerne tout ce qui peut produire des gaz à effet de serre comme le CO2 et le méthane.
Le discours du combat est devenu la condition sine qua non pour sauver la planète. C’est à une véritable conscription à laquelle nous sommes tous invités en tant que combattant du réchauffement climatique. Et ici, l’emploi du mot conscription est voulu de ma part. Si vous écoutez bien tout ce qui est dit dans les médias, vous constaterez que l’on demande à chacun d’entre nous de faire sa part en utilisant de plus en plus les transports en commun, en n’utilisant pas les foyers qui chauffent au bois, en consommant de mois en moins et de façon responsable.
La conscription a un devoir d’obligation; elle n’est pas volontaire. Être un conscrit c’est parfois combattre contre son gré un ennemi. Bien qu’on vous dise que chacun fait ce qu’il veut bien faire sur une base volontaire pour aider à combattre l’ennemi numéro un qu’est le réchauffement climatique, il n’en reste pas moins que plusieurs d’entre nous refusent d’être des conscrits. Mais qu’à cela ne tienne, les puissants lobbies de l’environnement vous obligeront à rentrer dans le rang. De nouveaux règlements et lois seront mis en place afin de faire en sorte que chaque membre de la société soit un conscrit pour ce combat ultime. On élimine les sacs de plastique à l’épicerie, on vous fournit des bacs de recyclage, on vous interdit d’avoir des broyeurs à déchets dans votre évier, on vous refuse d’appliquer des pesticides sur votre pelouse, on vous aménage des pistes cyclables, on vous fournit des Bixi, on chasse les automobiles du centre-ville, on charge des taxes supplémentaires sur les produits suremballés, on surtaxe les véhicules énergivores, on… Le temps n’est plus aux tergiversations, il est à l’action.
Dans cette surenchère d’actions concrètes, vous êtes conscrit que vous le vouliez ou non. Il n’est pratiquement plus possible d’être un déserteur, à moins que vous ne refusiez d’utiliser votre bac à recyclage, que vous vous achetiez un 4×4, mais pas de chance, ils sont en passe de tous devenir hybrides. En fait, vous ne pouvez plus vous en sortir. Vous êtes devenu malgré vous un combattant du réchauffement climatique. Vous êtes un conscrit du réchauffement climatique.
Dans la foulée du sommet de Copenhague sur les changements climatiques, selon un sondage réalisé par l’institut IFOP et commandé par le journal Le Monde, 88% des Français, 87% des Polonais, 85% des Italiens, 81% des Japonais et 80% des Américains interrogés se sont dits « prêts à modifier leur mode de vie et à limiter leur consommation » en faveur de l’environnement. Cette affirmation n’est pas banale et est très sérieuse, car elle démontre que de larges parts de la population sont prêtes à s’intégrer à la conscription pour combattre le réchauffement climatique, mais il faut aussi pondérer ces chiffres lorsque vient le temps de poser des gestes concrets. Par contre, il n’en reste pas moins que les chiffres sont tout de même impressionnants.
En ce moment, la course aux véhicules hybrides et électriques est essentiellement motivée par un problème d’approvisionnement en combustibles fossiles. N’eut été de ce problème structurel, le développement des énergies vertes n’aurait pas connu l’essor qu’il connaît présentement. Les énergies vertes sont contingentes à la rareté grandissante du pétrole. Pour les environnementalistes c’est là une occasion inespérée que la ressource pétrolière se raréfie, car elle oblige les grands industriels à convertir leurs technologies. Que le pétrole devienne de plus en plus rare est peut-être finalement une bonne chose. On ne peut être contre le fait que notre environnement doit être le plus sain possible. Ceci étant dit, voyons s’il est possible qu’une nouvelle tendance, l’adaptisme, soit susceptible de se développer.
Les irritants
La condition # 3 de l’hypothèse # 5 de la Théorie des tendances stipule ceci :
Condition # 3 : il doit y avoir présence d’un élément irritant pour que la tendance s’effrite.
Je tiens à vous préciser que, à chaque fois que je cite un irritant, je ne pose pas un jugement de valeur, mais que je cite tout simplement ce qui peut-être un irritant pour un grand nombre de personnes. Ce qui vous irrite peut être tout à fait acceptable pour une autre personne, et vice-versa.
Dans tout le discours sur le réchauffement climatique, la notion de combat est un irritant pour beaucoup de gens. Pourquoi un irritant ? Parce que le combat, avec la dimension de conscription dont je vous ai fait part, est une imposition : vous devez impérativement faire quelque chose et poser un geste à votre niveau personnel. Le seul fait de se faire imposer des comportements est extrêmement perturbant, surtout lorsque l’imposition de ces comportements, règlements et mesures édictés par des autorités gouvernementales sont le fruit de décisions basées sous la pression de lobbies de l’environnement qui, depuis trente ans, travaillent d’arrache-pied pour faire avancer leurs idées. On ne peut reprocher aux lobbies de l’environnement d’avoir fait ce travail, car il a eu le mérite de remettre à l’ordre certains grands groupes industriels et d’assainir l’environnement, et en ce sens, on ne peut leur jeter la pierre.
Lorsqu’une tendance prend une place prépondérante et affecte des tendances déjà bien établies, un phénomène de réajustement se produit pour les autres tendances. On ne peut plus nier que l’écologisme, en tant que tendance qui a atteint le statut de système de valeurs, a profondément bouleversé et modifié les institutions déjà en place. Les visées du système de valeurs de l’écologisme, comme je l’ai démontré dans le paragraphe su la conscription, ont vraiment entraîné des changements d’attitude en terme d’urgence d’agir.
Aujourd’hui, recycler est un lieu commun, tout comme protéger l’environnement est un lieu commun. Plus personne ne peut démarrer un projet d’importance ou de moindre importance sans devoir passer par l’évaluation de critères édictés par des autorités gouvernementales. Par exemple, juste le fait de construire une nouvelle maison ou un bâtiment vous oblige à respecter des règlements de zonage qui s’inscrivent dans des schémas d’aménagement municipaux. Même si certains groupes environnementaux considèrent que ces mesures ne sont pas encore assez sévères, il n’en reste pas moins que ces règlements ou lois sont le fruit du travail effectué par les environnementalistes depuis des décennies. Autre exemple, toute nouvelle construction de route, de boulevard urbain ou d’autoroute est devenue un processus à haut risque pour tous les entrepreneurs, car ce processus doit faire l’assentiment des populations concernées.
Sur le plan environnemental de base, pollution, recyclage, développement durable, etc., on peut considérer que les choses ont bougé et que le résultat est somme toute positif. Maintenant, ce qui est à l’agenda, c’est le réchauffement climatique. Et c’est là où l’engagement du militant devient de plus en plus significatif, car il est minuit moins une, et il ne faut plus réparer la planète, il faut la sauver. Il y a donc urgence d’agir, et le seul fait de soulever cet état de fait, est un puissant catalyseur pour toutes les actions qui seront à entreprendre, sans compter qu’énoncer l’urgence d’agir c’est aussi mobiliser.

Peut-on parler des « irritants » d’une tendance ? S’agit-il de points de contradiction, de friction, de basculement ? Et dans ce cas viennent-ilsou non confirmer la tendance ? Cf le fonctionnement des sectes:
Effectivement, si le discours témoigne d’une faille ou que les faits le contredisent, alors on vous demande de confirmer votre adhésion (conscription). Le psychosociologue Festinger avait ainsi étudié une de ces sectes qui annoncent la fin du monde pour un jour déterminé. Le jour déterminé, rien ne se produit, mais ça n’annonce pas la fin de la secte ! Au contraire, elle raconte que Dieu a voulu les mettre à l’épreuve, etc.